Françoise: homélie à deux voix

Homélie de José Bourau 

Il y a quelques 40 ans, je rencontrais Françoise. Marc, tu commençais ton parcours d’initiation chrétienne ; Lydie, tu suivais gentiment ; tout près, Jean, tu étais le compagnon de route et tu l’as été durant ces 50 ans de mariage ; Joël, tu étais, peut-être ?, en espérance. Peu à peu, nous faisions connaissance. Charles Bense, notre curé, a mis ton pied à l’étrier du service des enfants en catéchèse, et que tu as poursuivi dans le service de l’aumônerie de collège, service, parfois ardu, mais avec ta passion et ton ardeur, Françoise, avec ton sens et tes capacités d’organisation, tu as donné le meilleur de ton expérience d’éducatrice et de ta foi, foi dans les enfants, foi en Jésus qui était en toi et que tu as cultivée. Des années après, tu as pu t’appuyer et trouver des sources et des soutiens auprès d’autres, tels que Bernard Housset et ces autres qui sont avec nous aujourd’hui autour de toi. Ton service de l’Eglise est allé, plus tard, jusqu’à participer à l’accompagnement des futurs diacres permanents, comprenant sans doute bien cette vocation et les conditions d’une telle mission vécue dans un couple, une famille. Oh, tout n’est pas allé comme sur des roulettes : le leadership ne va jamais sans ses fans et ses détracteurs. Mais inlassablement, tu as poursuivi, jusqu’à exercer tes capacités de discernement et d’esprit critique, parfois d’une certaine colère, vis-à-vis de ce qui ne convenait pas à ta perception d’une Eglise où tout baptisé doit pouvoir mettre en œuvre sa mission de prêtre, prophète et roi, et où le dialogue et la parole chercheuse doivent pouvoir animer la vie de la communauté. En tout cela, vous étiez toujours à deux, Jean et toi, pour porter la recherche de la vérité, comme vous portiez, ensemble et chacun avec ses charismes, la responsabilité, l’amour et la passion de la famille, celle dont tu es issue, celle que vous avez construite à deux.

Membres des Baptisés 64, votre parole, avec celle de Françoise, a toute sa place ici, comme un message en fidélité à l’Evangile pour une vie d’Eglise au cœur de l’humanité. 

Françoise, Amie Françoise, 

Ce sourire bienveillant, ce regard qui interpelle… C’est TOI !

Oui, C’est toi qui nous dis : « On ne va pas en rester là !… Il faut avancer… Laissons-nous guider par les Évangiles… »

Pour Toi, Françoise, être baptisée dans la foi chrétienne n’est pas une sagesse privée, mais c’est un engagement total de la personne dans tous les domaines de la VIE.

Pour Toi, l’Église doit être un lieu d’Écoute et de Parole…Et pour parler au monde, il faut d’abord l’écouter.

C’est pour cela qu’après avoir travaillé de longues années à la Catéchèse Diocésaine, amie Françoise, tu as décidé d’adhérer à la Conférence Catholique des Baptisé-e-s Francophones.

Cette C.C.B.F. s’est créée autour d’une conviction :« L’Église est notre maison : nous y sommes acteurs au présent et bâtisseurs d’avenir. Nous ne demandons rien, mais nous espérons tout. »

Nous partageons avec toi cette conviction.

Tu as accepté d’être co-animatrice du groupe local des « Baptisés en Béarn ».

Puis, avec deux amies, tu vas te former à l’École de la Prédication à Paris ; École proposée par les Dominicains. Enfin, tu participes au C.A. de la CCBF durant quelques temps.

C’est avec Toi, Françoise, que nous organisons des journées de Fraternité à l’hôpital St Blaise, à Sauvelade, à Sarrance avant que le Covid ne vienne tout chambouler. Nous avons alors proposé des temps de prière et célébrations pour continuer la communion.

 Amie Françoise, nous préférons te laisser la parole maintenant. Lors d’une préparation d’homélie, tu écrivais :

« Où voir le règne de Dieu, de bonté, d’humanité, de service, de consolation, d’espérance ?…

Il est à chercher au plus profond de chacun de nous et avec nos amis, nos frères blessés par cette nouvelle Église triomphante dont ils se sont éloignés. Pourquoi ne pas recréer de petites communautés, s’entraidant, donnant courage aux uns, donnant envie d’aller aux périphéries à d’autres ? Lisant et partageant la Parole de Dieu, s’écoutant les uns, les autres ? Pour vivre la paix, pour être prêt à vivre l’inattendu d’une rencontre, d’une situation… »

Un de nos amis nous a dit : « Cette semaine notre amie Françoise s’en est allée.

 Je vois un Père qui court à sa rencontre et la serre dans ses bras. Je vois de la joie. Même si nous sommes aussi envahis de tristesse. »

AU REVOIR FRANÇOISE… auprès du PÈRE.  

Ces quelques traits de ta personnalité, Françoise, tu les as mis également au service d’un vivre ensemble dans le quartier, comme à l’école où allaient vos enfants.

En relisant à travers quelques mots ce qui a traversé ta vie en famille, en Eglise, en société, mais aussi en pensant à ce combat que tu as mené ces derniers mois, comment ne pas mettre cela en lien avec une expression du Sage que nous avons entendu dans la 1ère lecture : « comme on passe l’or au feu du creuset, il a éprouvé leur valeur ». Le combat pour la dignité d’être humain et de croyant est, sans doute, à ce prix, même s’il est parfois un peu violent, en tout cas, décapant. Mais cela ne prend tout son sens que dans ce que le Sage ajoute : « ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur comprendront la vérité ; ceux qui sont fidèles resteront dans son amour, car il accorde à ses élus grâce et miséricorde… on les croyait anéantis, alors qu’ils sont dans la paix ».

Françoise a accepté de vivre tout cela, choisissant d’y donner tout ce que nous connaissons d’elle, de la belle personne généreuse qu’elle a été.

Et pour reprendre les paroles de Jésus dans l’évangile, comment ne pas voir dans le don de sa vie, comme du bon pain, qui a nourri un mari, des enfants, des petits-enfants bien aimés, et combien d’autres personnes, jeunes et moins jeunes évoqués jusqu’ici !

Qu’est-ce qui a animé, autant, Françoise, pour vivre tout cela ? Ne serait-ce pas cet attachement humain aux siens et cette conviction que Jésus, le premier, a donné son corps, son sang, pour la vie du monde ? Et celles et ceux qu’il appelle à le suivre sont invités à donner tout autant ! Françoise a mis en elle cette conviction, elle l’a travaillée, approfondie, réfléchie, pour la mettre en œuvre avec passion et détermination. Elle a nourri sa foi, sa force, le don d’elle-même, à ce Pain de Vie de l’Eucharistie, des sacrements, comme tant d’autres, enfants et adultes, nous essayons de le faire, malgré les turpitudes de la vie et de notre place à tenir dans la communauté des disciples du Christ.

« Moi, je suis le pain vivant, descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ». Françoise a pris de ce pain, cherchant aussi à l’être à la suite de Jésus. Elle vit, nous le croyons donc, pour toujours en Dieu, passée avec le Christ par la mort, pour entrer et participer dans la gloire des ressuscités avec lui.

Recevant la vie de Françoise comme un cadeau, en ce jour de peine toute humaine, nous entendons aussi de Jésus, par elle, un appel à devenir du pain à donner aux enfants, et plus largement au monde… à ce monde où le don de soi a toute sa place à tenir, à prendre et à reprendre, pour qu’il devienne plus fraternel et solidaire, juste, et animé par l’arme de l’amour et de l’Evangile, parole vivante du Christ.

Poursuivons, même si nos yeux sont embrumés par la peine, (poursuivons) la route de la vie, en fidélité à Jésus, le pain vivant, et à Françoise, vivante dans nos cœurs et nos mémoires. Le Christ l’a appelée dans sa vie parmi nous à le servir ; il l’accueille désormais dans la lumière ; par sa résurrection en Jésus, qu’elle soit pain et lumière pour notre route de femmes, d’hommes, de croyants, de chercheurs.

Homélie en Pdf : Homélie J Bourau

Texte en Pdf: 31 mars CCBéarn