Pour le pape François, il n’y a pas d’alternative à la synodalité dans l’Église

Pour le pape François, il n’y a pas d’alternative à la synodalité dans l’Église 

La Croix – Céline Hoyeau, le 19/09/2021

 Un mois avant le lancement de la première phase – diocésaine – du Synode sur la synodalité dans l’Église, François a présenté sa vision programmatique du processus dans lequel l’Église s’engage, dans un long discours aux fidèles du diocèse de Rome qu’il recevait en audience samedi 18 septembre.

C’est dans un mois, le 17 octobre précisément, que sera lancée dans les diocèses du monde entier, la première phase du Synode (1) sur la synodalité dans l’Église, voulu par le Pape François. Mais que recouvre, au fond, ce terme quelque peu sibyllin pour beaucoup, dont on ne parle que dans le christianisme ? Recevant, samedi 18 septembre, les fidèles du diocèse de Rome en audience, le pape s’est employé à en définir les contours au cours d’un long discours conçu comme une feuille de route pour les deux prochaines années.

La synodalité nest pas une mode

Elle exprime fondamentalement, selon François, « la nature de l’Église, sa forme, son style, sa mission »« On parle d’Église synodale, en évitant cependant de considérer qu’elle est un titre parmi d’autres, une manière de la penser qui offre des alternatives », affirme-t-il, précisant s’appuyer « non sur une pensée personnelle », mais sur le « plus grand “manuel” d’ecclésiologie » que sont les Actes des apôtres, ce livre du Nouveau Testament qui raconte les premiers temps de l’Église.

La synodalité implique tout le monde

Synodalité vient du mot grec synodos qui veut dire « marcher ensemble ». Et pour cette raison, la synodalité implique tout le monde, d’une part : « Tout le monde est protagoniste », a répété le pape, insistant à plusieurs reprises : « Personne ne peut être considéré comme un simple figurant ». D’autre part, cette « marche commune » suppose que « l’immobilité ne peut pas être une bonne condition pour l’Église », selon le pape pour qui « le mouvement est une conséquence de la docilité au Saint-Esprit, qui est le metteur en scène de cette histoire ».

Le récit des apôtres Pierre et Paul dans les Actes – qui incarnent tous deux des visions diverses de l’Église -, montre ainsi qu’ils se sont tous deux laissés bousculer par « une impulsion qui les met en crise », autrement dit, qui les poussait à « oser demander, changer d’avis, se tromper et apprendre de ses erreurs, surtout espérer malgré les difficultés ». Mieux vaut cela que rester figer sur le passé, relève le pape : car « si l’eau ne coule pas et est éventée, elle est la première à entrer en putréfaction. Une Église viciée commence à pourrir ». Aussi, dans ce processus, souligne-t-il encore, « il peut être nécessaire de partir, de changer de direction, de dépasser des croyances qui nous freinent et nous empêchent de bouger et de marcher ensemble. »

Ce qui doit prévaloir, c’est ce qu’illustre le récit de la rencontre de Pierre et du centurion Corneille, un « païen » : « le christianisme doit toujours être humain, humaniser, concilier différences et distances, les transformer en familiarité, proximité ».

La synodalité soppose au cléricalisme

En ce sens, la synodalité s’oppose au cléricalisme : « Un des maux de l’Église, voire une perversion, est ce cléricalisme qui détache le prêtre, l’évêque du peuple », avertit le pape, constatant qu’il y a encore « beaucoup de résistances à surmonter l’image d’une Église rigidement distinguée entre chefs et subordonnés, entre ceux qui enseignent et ceux qui doivent apprendre, oubliant que Dieu aime renverser les positions ». François rappelle au contraire qu’« au nom de Dieu, on ne peut pas discriminer », penser que « nous sommes les purs, nous sommes les élus, nous appartenons à ce mouvement qui sait tout… » « Non. Nous sommes l’Église, tous ensemble », professe-t-il encore.

La synodalité nest pas une enquête

C’est un « dynamisme d’écoute mutuelle », où tout le monde doit s’écouter à tous les niveaux – « les évêques doivent s’écouter, les prêtres doivent s’écouter, les religieux doivent s’écouter, les laïcs doivent s’écouter » – mais, prévient le pape, « il ne s’agit pas de recueillir des opinions ». C’est d’abord l’Esprit Saint qu’il s’agit d’écouter, « saisir sa présence ».

L’Église nest pas un Parlement

Dans cette optique, l’Église n’est pas non plus un Parlement : François met en garde contre la tentation de « faire cavalier seul », de vouloir combler le vide laissé par le Christ monté au ciel par nos propres options théologiques, alors qu’il s’agit d’avancer avec l’Esprit Saint. « Nous ne faisons pas d’étude sur tel ou tel cas, non : nous faisons un chemin d’écoute les uns des autres et d’écoute de l’Esprit Saint, de discussion et aussi de discussion avec l’Esprit Saint, qui est une façon de prier », insiste le pape.

Contrairement au fonctionnement d’un Parlement, la logique de majorités/minorités ne doit pas prévaloir. Il s’agit, au contraire, de se laisser interpeller par les « lointains », les périphéries… « Les marginaux, les pauvres, les désespérés ont été élus sacrement du Christ », souligne le pape. Le Synode doit faire place « au dialogue sur nos misères » et, pour cela, inclure aussi les misères du monde.

La synodalité, enfin, demande d’élargir nos horizons

Pour François, il s’agit d’écouter non pas seulement le « sensus fidei », c’est-à-dire ce que porte le « peuple de Dieu » d’intuitions inspirées par l’Esprit Saint, mais aussi « tous ces “pressentiments” incarnés là où on ne l’attendrait pas »« Le Saint-Esprit dans sa liberté ne connaît pas de frontières, et ne se laisse même pas limiter par l’appartenance », remarque le pape, invitant à écouter aussi les questions de ceux qui semblent loin de l’Église.

(1) Cette première phase diocésaine s’étendra d’octobre 2021 à avril 2022.