Méditations sur Noël

J’éprouve de la méfiance vis-à-vis d’un imaginaire un peu trop chaleureux, romantique, sucré. Noël n’est pas une jolie histoire, un joli rêve.

A Noël, je vois venir à ma rencontre un nouveau-né qui, déjà, est mon maître. Un enfant qui va me donner à manger comme on donne à manger à un nourrisson. Un enfant qui va m’apprendre des vérités élémentaires et pourtant tellement essentielles.

Il va m’apprendre que d’un côté il y a les stratégies, les calculs, la force la puissance, l’argent, la jalousie. Et que, de l’autre, il y a l’attention à l’autre, l’oubli de soi, le don, l’ouverture, la bonté.

A Noël arrive un enfant qui va nous rendre la vie impossible, mais sans cet impossible, il n’y a rien. 

Réflexions de Christian Bobin, écrivain, autour de la fête de Noël.

N’aurions-nous pas à naître à Dieu ?

Tant de fausses images peuplent notre sentiment religieux. […] Nous avons tout à apprendre de Dieu dans l’Évangile de Noël. Selon la belle formule de Karl Barth : «S’il y a bien un athéisme de l’homme, un homme sans Dieu, il n’y a pas de Dieu sans l’homme.» L’enfant de Bethléem nous dit le Dieu que nous cherchons à tâtons.

 N’aurions-nous pas aussi à naître à l’homme ?

Car l’enfant de Bethléem nous dit aussi la grandeur et la vulnérabilité de l’être humain. En tout homme, brille l’étincelle du Dieu vivant. Et c’est sans doute en se découvrant aimé de Dieu que l’homme naît à son humanité. Nous sommes tous en cours d’humanisation. Et dans notre rapport à nous-mêmes, et dans notre rapport aux autres. […] Noël nous indique de quel côté chercher l’épanouissement humain et les responsabilités fraternelles qui en découlent.

Nous pouvons toujours être quelques spectateurs de plus à la crèche, ranimant la flamme de nos souvenirs d’enfance. Mais ce que le Christ cherche et appelle, c’est une nouvelle naissance à Dieu, aux autres et à soi-même.

Méditations avec Bruno Chenu (1942-2003), assomptionniste.