Jeudi Saint

José Antonio Pagola, prêtre, a été professeur de christologie à la faculté de théologie de Vitoria (Espagne) et directeur de l’institut de théologie et de pastorale de Saint Sébastien. Science et humilité le caractérisent.
Dans son livre » Jésus, approche historique » il répond aux questions :
Qui était Jésus ? À quel courant de spiritualité se rattachait il ?
Avait-il conscience que son parcours allait devenir la base d’une religion universelle?…

Pour ce jeudi saint,  voici  quelques extraits du chapitre concernant la Cène, qui vous donneront sans aucun doute, l’envie d’en savoir plus……

L’adieu inoubliable

Jésus lui aussi sait que ses heures sont comptées. Il ne pense pourtant pas à se cacher ou à fuir. Il va seulement organiser un dîner d’adieu très particulier, avec ses amis et ses amies les plus proches….    C’est un acte réfléchi…

Ce n’est pas, en tout cas, un banquet ordinaire, mais un repas solennel…Ses adieux se feront dans la ville sainte…

Jésus vivait les repas et les dîners de Galilée comme des symboles et une anticipation du banquet final dans le Royaume de Dieu… Cette nuit-là aussi, la Cène évoque pour lui le banquet final du Royaume. Il est envahi par deux sentiments : c’est d’abord la certitude de sa mort prochaine, il ne peut s’en empêcher ; c’est la dernière coupe qu’il va boire avec les siens ; tous le savent, inutile de se faire des illusions. C’est aussi une inébranlable confiance dans le Royaume de Dieu auquel il a consacré sa vie entière. Il le dit clairement : «  je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai le vin nouveau, dans le Royaume de Dieu. » Mc 14, 25…

Jésus commence le repas en suivant la coutume juive : il se lève, prend le pain entre ses mains, et prononce au nom de tous, une bénédiction adressée à Dieu, à laquelle les convives répondent : « Amen » … Tout en distribuant le pain, il dit :  » Ceci est mon corps. Je suis ce pain. Voyez-moi,  mis en pièces, me livrant jusqu’à la fin pour vous faire parvenir la bénédiction du Royaume de Dieu « ….

Le pain et la coupe de vin  évoqueront avant tout pour eux la fête finale du Royaume de Dieu ; l’offre de ce pain à chacun d’entre eux,  et leur union autour de cette coupe leur rappelleront  le don total de Jésus. « Pour vous » : ces paroles résument bien ce que sa vie a été, au service des pauvres, des malades, des pécheurs,  des exclus, des opprimés, de tous ceux qui sont dans le besoin…Ces mots expriment ce que va maintenant être sa mort : il s’est « dépensé » pour offrir à tous, au nom de Dieu l’accueil, la guérison ; l’espérance et le pardon.

Maintenant, il donne sa vie jusqu’à la mort en offrant à tous le salut du Père….

Dans un mode germinal, Jésus trace les grandes lignes du mouvement de ses continuateurs : une communauté alimentée par lui, totalement consacrée à ouvrir des chemins au Royaume de Dieu, dans une attitude de service humble et fraternel, qui mette toute son espérance dans la réunion que sera la fête finale….

 

 José Antonio Pagola :   « Jésus approche historique » extraits des pages 376-382