Des Chrétiens aux champs

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Samedi 23 Septembre une cinquantaine de laïcs chrétiens du diocèse à l’appel d’un groupe de béarnais se sont regroupés pour marcher de Gurs vers l’Hôpital Saint Blaise. Nous n’y avons évoqué ni la symbolique du camp de concentration ni celle de l’accueil des pèlerins que ces deux lieux de mémoire appellent. C’était délibéré. Ce sera une autre fois.

Nous y étions pour être libres d’aller où bon nous semble, réunis à un peu plus de deux ou trois au Nom de celui qui est au milieu de nous.

Des laïcs, sans un seul clerc, munis des attributs de leur seul baptême, de leurs besaces et leurs bâtons, avec un léger programme d’écoute entremêlée proposé par une équipe solidement enracinée dans l’essentiel d’une foi catholique partagée. Tellement catholique qu’elle n’interdit pas aux femmes de parler ni aux hommes d’écouter.

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Un fumet de pensée Franciscale (du pape François tellement adéquat aux statuts de la CCBF) nous a été délivré par René Poujol journaliste parisien blogueur et batailleur en nos marges.

Exemple : « C’est tout le peuple qui annonce l’évangile ».

Et Paul VI de son côté disait « C’est le rôle des laïcs de pénétrer de l’esprit chrétien les communautés dans lesquelles ils vivent ». Mais aujourd’hui ne dirait-on pas peut-être l’inverse : «  C’est aux laïcs de pénétrer l’Eglise de l’esprit humain des communautés dans lesquelles ils vivent ».

Après un appel au cœur brûlant sur le chemin d’Emmaüs, nous nous  éloignons de la belle salle municipale et par petits groupes de cinq six personnes nous prenons la petite route que le soleil de ce jour réchauffe déjà fermement.

Au premier calvaire, connaissance faite et prénoms retenus, nous entamons le premier thème sur les familles d’ aujourd’hui.  Pas les familles des autres mais les nôtres aussi, leurs compositions et recompositions nouvelles, leurs transmissions incertaines, leurs richesses nouvelles et leurs difficultés nouvelles. Dans mon groupe on évoque ces élèves, ces ados qui ont tout dans leurs familles bizarres pour éclater en vol, et que des enseignants, des animateurs arrivent à rencontrer, à apaiser, instruire et qui par la force de leurs résiliences nous enseignent que la vie bonne n’est jamais interdite à quiconque. On parle des repères que le cœur de l’évangile nous offre et que l’on peut offrir. La résistance à l’impatience de consommer, à l’immédiateté de la jouissance, à l’enfermement sur soi et la fermeture aux autres. Même si le visage de Celui qui nous anime n’est pas obligatoirement reconnu par ces jeunes à qui on aimerait confier le trésor de son approche.

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23 septembre 2017

 

Au deuxième point de pause, on s’attaque à l’éthique et aux responsabilités des cathos en la demeure. Des chevreuils s’échappent de la prairie que l’on longe pour se couler entre les halliers et la route qui monte nous signifie que les questions ardues sont en vue. René nous a orientés sur les voies du grand discours de « Laudato Si » et nous constatons que nos enfants n’ont pas attendu de lire les paroles pressantes venues de Rome pour mettre en pratique des modes de vie plus respectueux de la planète, plus partageurs et solidaires et se démarquer ainsi de notre génération d’après-guerre qui a joui sans entrave de tout ce que la puissance économique nouvelle pouvait offrir à son insouciance. Un monde autre se dessine et là aussi nous sommes enseignés par des plus jeunes chez qui la liberté personnelle n’exclut pas le sens d’une responsabilité plus large. Pour faire bref, tant pis si nos jeunes ne vont pas à la messe pourvu qu’ils soient respectueux de notre monde et solidaires de leurs semblables sans porter de jugement sur la diversité de leurs modes de vie.

Il fait chaud et soif quand, au bout de la montée exposée à la chaleur, on atteint la troisième halte sous un couvert ombragé au bout duquel les Pyrénées scintillent sous la lumière de midi. On boit et on va partager sur la question du langage que porte la foi. Nous n’avons pas pénétré les grandes questions de la philologie mais nous avons constaté que le langage n’est pas seulement inscrit dans des paroles, non plus que la foi, qu’elle pouvait s’exprimer dans des formes autres que le discours, la déclamation, les proclamations, pourquoi pas dans la poésie, le théâtre, la création artistique, l’accueil, le service…20170923_120929

Nous avons remarqué qu’il n’y avait pas à disqualifier les langages techniques même s’ils nous sont  inaccessibles et que l’on devait aussi tout notre respect aux formes de langages riches qui ont porté la foi des générations précédentes même quand ils parlent peu aujourd’hui à nos cœurs. Mais Jésus parlait en langue vulgaire et il a loué son Père d’avoir caché beaucoup de choses aux sages et aux savants, mais révélé son Royaume aux simples et aux tout-petits.

Voilà que nous arrivons à l’Hôpital Saint Blaise, la première fois pour moi oh !

Merci à Christiane Michel, Bernadette, Mireille, compagnons de route d’une belle matinée. Merci aux Samaritains qui  ont permis que nul ne reste dans les fossés. Et merci aux fleurs des champs bien plus belles que la splendide tunique de Salomon en toute sa gloire, et qui feront un beau bouquet sur la table de notre rencontre.

On tire les bancs de la salle municipale sous son ombre, et l’on se régale en  fin de pique-nique des merveilles que les pâtissiers et pâtissières ont surabondamment concoctés.

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23 septembre 2017

C’est trop vite le moment de  partager les retours de réflexion de chaque groupe que René Poujol commente brièvement. Merci  à lui pour sa rigoureuse gestion du temps, et la qualité de ses mises en perspectives des diverses remontées : l’esprit de débat a dominé.

L’heure de descendre vers la merveilleuse nef en croix grecque de l’église arrive là aussi très vite.

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Quelle fraîcheur et quelle sérénité entre ces simples murs bientôt millénaires qui ont vu défiler tant d’éclopés ou de porteurs d’espérances en route sur le Gran Camino. Nous sommes une petite cinquantaine, tous de rangs égaux, oubliant la petite fatigue du jour à l’écoute de la parole commentée par trois d’entre nous formées à l’Ecole de la Prédication*.

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Avons-nous été ouvriers des heures chaudes ? Que cela ne nous rende que plus joyeux pour ceux qui nous rejoignent, éperdus de reconnaissance, émerveillés de notre proximité fraternelle ici offerte.

Nous ne sommes pas rentrés chez nous comme avant…ne l’avons-nous pas chanté ?

Bernard – Le dimanche 24 Septembre 2017

 

 

 

*Ecole de la Prédication organisée par les Dominicains de la Province de Paris et la CCBF
3 autres personnes vont y participer en 2017-18.