Œuvre de Miséricorde : le Pardon

Proche d’une gare où se croisent des centaines de milliers de voyageurs, la paroisse Saint-Louis d’Antin, à Paris 9e , est réputée pour le fait qu’à tout moment, de 8h à 20h, on puisse, en tout anonymat, y trouver un confesseur disponible. Zoom sur cette à travers le portrait de trois prêtres qui assurent le ministère du pardon

 Père Xavier Lefebvre, écouter ceux qui ont besoin de parler

En moyenne 250 confessions par jour ! Contrairement à certains de ses confrères du milieu rural qui confessent peu, le curé de Saint-Louis d’Antin peut témoigner qu’”il faut relativiser la crise du sacrement de réconciliation et qu’il y a au contraire beaucoup d’espérance par rapport à ce sacrement”. “Je vois, dit-il, des gens qui en ont vraiment besoin”. Le fait que la paroisse accueille aussi bien des cadres, les vendeuses des grands magasins voisins, des patrons, une population africaine et antillaise très liée à la piété populaire que des provinciaux de passage “rend le confesseur d’autant plus attentif à la manière dont le pénitent exprime le combat spirituel” commente le Père Lefebvre. Ce qui le frappe le plus est d’être amené à se pencher sur tous “les déséquilibres sociaux, affectifs, moraux et spirituels engendrés dans les grandes villes par la solitude”. D’où l’exigence d’une écoute la plus attentionnée possible en étant “capable de redire ce que la personne a formulé”. C’est l’une des œuvres de Miséricorde vécue par le clergé de la paroisse et par les prêtres extérieurs qui viennent en renfort : “écouter patiemment ceux qui ont besoin de parler et discerner avec miséricorde sans plaquer des normes sur des situations”. Le sacrement de réconciliation est bien “celui dans lequel la Miséricorde de Dieu est la plus tangible et qui apprend au prêtre à être attentif aux inquiétudes des hommes de ce temps”. Mais “la Miséricorde ne se réduit pas à l’absolution accordée, elle est, précise le Père Lefebvre, beaucoup plus large. Même lorsque la personne ne peut pas recevoir le pardon, elle a le sentiment d’être écoutée par l’Église et repart toujours dans la paix, invitée à voir quels pas elle peut faire pour se rapprocher des exigences de l’Évangile”. Quant au confesseur, il développe par-là, assure-t-il, “la dimension paternelle de son sacerdoce”.

 Père Vincent Bellouard, transmetteur de Miséricorde

“Souviens-toi que ce n’est pas toi qui portes, c’est le Christ”. Ce conseil du Cardinal Jean-Marie Lustiger [archevêque de Paris (1926-2007), NDLR] lui a, assure-t-il, “beaucoup servi” depuis ses 20 ans de ministère. Et il y repense d’autant plus souvent comme vicaire depuis septembre 2015 à Saint Louis d’Antin. “Nous sommes, explique-t-il, les transmetteurs de la Miséricorde de Dieu. Nous devons assumer la certitude que nous pouvons nous tromper en délivrant des conseils et que nous n’avons pas de solution d’entrée de jeu pour certaines situations. À partir de là, nous pouvons tout entendre. Mon seul discours, c’est que le Christ est victorieux”.

“La plupart du temps, ajoute le Père Bellouard, les gens viennent se confier avec une certaine confiance, même quand ils se sentent écrasés par le poids de leur péché”. Il y a aussi “ceux qui le portent tellement qu’ils ont l’impression d’être ligotés”. Or pour le Père Bellouard si “la culpabilité est constructive dans la mesure où elle aide à exprimer sa faute, à décider de réparer et de prendre la décision de progresser ; le remord lui est mortifère et stérile”.

Heureux d’exercer ce “très beau ministère” du pardon, il avoue que ce qui lui est “le plus difficile à gérer, c’est le nécessaire équilibre entre tout faire pour que le pénitent se sente écouté et l’impossibilité de consacrer une demi-heure à chacun”. Lorsque sa permanence a été trop éprouvante, il monte à pied à la basilique du Sacré-Coeur “déposer ce qu’il a reçu”.    

 Père Marcel Jacquemoud, Dieu nous renvoie meilleur

Le confessionnal offre la possibilité de dire aux gens que l’Esprit Saint est en eux. Nous ne sommes pas là pour les culpabiliser mais pour les élever”, explique ce Salésien de Don BoscoLui qui a toujours été “multi-cartes” (curé de paroisses sur Toulouse, Nice, Lyon et Ajaccio ; aumônier de mouvements, provincial, fidei donum au Congo..) comptera en septembre, avec la même joie, sa douzième année de service comme “prêtre extérieur” à Saint-Louis d’Antin. Dans cette “église de passage” dont il salue “le flair pastoral” de ceux qui en ont été à l’initiative,” il assure des eucharisties et des confessions, à raison de douze heures par semaine. “Je trouve, commente-t-il, que le sacrement de réconciliation est un sacrement merveilleux qui rend humble car la sainteté est là, autant chez des banlieusards socialement modestes, d’une grande générosité, dévoués à leurs paroisses que chez des Parisiens sociologiquement premiers sur l’échelle sociale, extraordinaires de lucidité sur leur responsabilité de chrétiens dans leur milieu”. Le créneau horaire que le Père Jacquemoud aime bien est celui qui, de la messe de 12h15 jusqu’à 16h (la fin de sa permanence au confessionnal), métisse employés sortant des bureaux et “cheveux gris”. À tous ceux qui viennent  demander pardon, il affirme, citant la Parabole de l’Enfant Prodigue : “Pour Dieu vous êtes unique. Vous êtes là parce que vous êtes attendu et désiré par le Seigneur qui nous renvoie meilleur que nous sommes, et aussi pour apporter aux autres bienveillance et attention”. Et comme action de grâce plutôt que comme pénitence, il leur demande, en cette année de la Miséricorde, de passer par la porte sainte dans l’église en rappelant que “Jésus est la porte”.

 

Publié le 17 juin 2016 par Chantal Joly.              site Eglise de France

 

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