une Eglise symphonique

Homélie que Mgr Bernard Housset, administrateur apostolique du diocèse de La Rochelle et Saintes, a prononcée à la messe chrismale du Lundi 21 Mars 2016 (Lundi Saint) à la cathédrale Saint-Pierre de Saintes.

Cette messe chrismale, qui est le sommet de notre journée de la communion diocésaine, nous fait progresser, année après année, dans notre conscience ecclésiale. En effet, tous ensemble, baptisés, laïcs, consacrés, ministres ordonnés, nous formons (avec nos autres frères chrétiens) l’Eglise du Christ présente en Charente-Maritime. Les textes liturgiques nous aident à cet approfondissement ecclésial.

Une première série nous présente l’identité et la mission de l’Eglise constituée par nous tous. Une seconde série nous précise l’identité et la mission des ministres ordonnés, diacres, prêtres et évêque.

TOUTE L’EGLISE

La prière de bénédiction du St Chrême présente l’Eglise de la manière suivante où chaque mot a son importance : « Tes enfants, après être nés de nouveau dans l’eau du baptême, sont fortifiés par l’onction de l’Esprit et, rendus semblables au Christ, ils participent à sa fonction prophétique, sacerdotale et royale ».

Et la préface de la prière eucharistique insiste sur la dignité du sacerdoce royal qui est celle de tous les baptisés : « Par l’onction de l’Esprit Saint, tu as établi ton Fils Unique prêtre de l’Alliance nouvelle et éternelle ; et tu as voulu que son unique sacerdoce demeure vivant dans l’Eglise. C’est lui, le Christ, qui donne à tout le peuple racheté la dignité du sacerdoce royal ».
Ce sont des textes profonds et importants que nous n’avons jamais fini de méditer pour mieux approfondir notre identité de chrétiens dans notre appartenance à l’Eglise.

Il est bien vrai que chacun de nous a tendance à s’installer à son compte. Le Seigneur nous appelle pourtant à former une Eglise symphonique où chaque membre joue sa partition en tenant compte de l’ensemble, sans faire cavalier seul.

Cette figure d’une Eglise symphonique, Peuple de Dieu, Corps du Christ, temple de l’Esprit, est celle que le Concile Vatican II nous a rappelée il y a plus de 50 ans. Elle se met en place peu à peu, en exigeant beaucoup d’énergie et de conversion spirituelle, car la force d’inertie est toujours puissante en chacun de nous. Et il est plus facile de se laisser conduire par quelques-uns, clercs ou laïcs, qui pensent pour tous et commandent à tous.

Pourtant la vitalité réelle de l’Eglise dépend de chacun de ses membres, de son union au Christ dans une vie spirituelle dynamique et de sa réponse vigoureuse aux appels du Seigneur dans une collaboration fraternelle avec les autres chrétiens. Si le Christ est le Bon pasteur, il ne nous invite pas à Le suivre comme un troupeau bêlant et passif. Il faut beaucoup de temps, de patience et surtout l’accueil de la grâce pour ne pas succomber à la tentation de la facilité spontanée.

Heureusement l’Esprit Saint veille et agit en nous tous. Il est plus fort que nos paresses et nos résistances au changement. A la veillée pascale, les chrétiens laïcs et consacrés renouvellent leur profession de foi baptismale et donc leur foi en cette action inépuisable de l’Esprit Saint qui ne laisse pas se déliter l’identité profonde de son Eglise.

Quant à sa mission, je soulignerai trois aspects qui me paraissent vraiment essentiels aujourd’hui, pour notre société telle qu’elle est. Notre Eglise essaie d’être signifiante de la présence de Dieu  à chacun, à travers toutes les activités de nos paroisses, services, aumôneries et mouvements. Tant de gens se sentent seuls, isolés, livrés à eux-mêmes. Nous avons à leur révéler que le Dieu de Jésus Christ auquel nous croyons les habite pour toujours et ne les abandonnera jamais.

Notre Eglise aussi essaie d’être signifiante de la miséricorde de Dieu, tant à l’égard de tous les humains qu’à l’égard de la nature. A l’égard des humains, depuis les violences conjugales jusqu’aux violences internationales, particulièrement au Moyen-Orient. A l’égard de la nature : c’est l’idée force du Pape François dans son encyclique Laudato Si. Tout est lié, la violence entre les humains est la même que celle que nous infligeons à notre environnement, à notre maison commune. Et cette violence ne peut être vaincue que par notre miséricorde, à l’image de celle du Père.

Notre Eglise essaie encore d’être signifiante de l’espérance qui nous anime. Si l’avenir est incertain en de nombreux domaines, n’ayons pas peur. Le Christ Ressuscité ne peut plus mourir et son Esprit Saint continue d’être répandu sur notre monde. C’est cette conviction qui nous anime, depuis 2013, pour la « perspective Diocèse 2023 ». Notre société et notre Eglise ont un avenir, telle est notre espérance.

LES MINISTRES ORDONNES

Une seconde série de textes parle des ministres ordonnés. La Préface de la prière eucharistique, après avoir rappelé la dignité du sacerdoce royal de tous les baptisés, continue ainsi : « C’est le Christ qui choisit, dans son amour pour ses frères, ceux qui, recevant  l’imposition des mains, auront part à son ministère. Ils offrent en son nom l’unique sacrifice du salut à la table du banquet pascal ; ils ont à se dévouer au service de ton peuple pour le nourrir de ta Parole et le faire vivre de tes sacrements ; ils seront de vrais témoins de la foi et de la charité, prêts à donner leur vie comme le Christ pour leurs frères et pour toi ».

Comme pour la figure de l’Eglise, la figure des prêtres est en train d’évoluer, sans que leur identité profonde soit remise en cause. Les prêtres ne sont plus ces hommes orchestres qui commandaient à tous et décidaient de tout. Ils sont devenus ou sont en train de devenir des éducateurs et des animateurs, ceux qui donnent une âme ou plutôt qui révèlent une âme, l’Esprit Saint.

Ils éduquent – avec d’autres – les chrétiens laïcs pour que ceux-ci, avec eux, progressent vers leur maturité chrétienne. N’est-ce pas une fonction enthousiasmante que de permettre à des personnes de grandir et de s’épanouir dans leur vie évangélique ? N’est-ce pas une fonction réellement paternelle que de contribuer à l’engendrement de personnalités qui deviennent peu à peu des disciples – missionnaires du Christ ? Les diacres aussi y contribuent par leur service de la diaconie.

D’autre part, les prêtres animent les groupes et communautés catholiques pour que l’Eglise soit de plus en plus symphonique. La communion est indispensable pour la mission. Et plus les fidèles du Christ laïcs seront responsables et compétents pour la mission, plus ils auront besoin de prêtres à leur service, comme acteurs de communion et de coordination, ce qui nécessite un sens de l’organisation ou du management. Les diacres aussi assurent un ministère essentiel en rappelant par ce qu’ils sont que l’Eglise tout entière est appelée au service de la société, sans se replier sur elle-même.

La prière de bénédiction du Saint Chrême se termine ainsi : « Fais progresser encore ton Eglise jusqu’à ce qu’elle atteigne cette plénitude où Toi-même, dans l’éternelle lumière, Tu seras totalement présent à tous les êtres avec le Christ, dans l’Esprit-Saint ». Oui, nous sommes tous en marche vers la Plénitude du Christ.

Amen.

+ Bernard HOUSSET 
Administrateur apostolique
Le lundi 21 mars 2016 (Lundi Saint)