Dialogue inter-religieux

Faut-il dialoguer ?

 

En cette année où notre pays a été meurtri par trop d’attentats, il est parfois difficile de prendre de la distance pour  en comprendre les enjeux. Bien souvent c’est le sentiment ou la passion qui prennent le pas, laissant place à tous les raccourcis dont le moindre n’est pas la violence associée invariablement à la religion.

Au sein de notre Groupe Inter-Religieux de Bayonne, nous pensons au contraire qu’il est important de se rencontrer, de se parler, entre personnes appartenant à des religions différentes.  Si nos quartiers ne sont pas les seuls à connaître une mixité religieuse, car elle est de fait même de nos villages, la Paroisse Saint Vincent de Paul côtoie la religion juive, implantée à Bayonne depuis le 16eme siècle et des membres de la religion musulmane arrivés plus récemment.  Disons le de suite, on ne ressent pas ici le « choc des cultures » dont on parle si souvent – autre raccourci- qui dispense d’un chemin de rencontre à inventer. C’est ainsi qu’après les évènements de janvier, nous avons maintenu la journée de la paix, précisément pour essayer de comprendre quelle est la religion de l’autre. Le dialogue entre l’imam Tareq Oubrou de Bordeaux et le prêtre Christophe Roucou, délégué aux Relations avec l’Islam par les évêques de France l’a permis. 600 personnes étaient présentes dans notre église Sainte Croix, avec une présence significative de Musulmans et d’Israélites.

Notre groupe, qui se réunit une fois par mois, a fait l’objet d’une double demande, celle de quelques uns de se joindre à nous, et l’autre de mettre sur pied des soirées pour connaître mieux la religion de l’autre, « sans oublier la nôtre », m’a-t-il semblé utile d’ajouter.

C’est ainsi que vient de s’achever ce jeudi 17 décembre un cycle de trois soirées débat, donnant la parole aux représentants de chacune des religions monothéistes, sur trois thèmes : « Un Dieu ? » ; «  Le service de l’autre » ; « la prière ».  Le public a répondu, entre 75 et 110 présents, et a aimé participer en posant des questions pertinentes dont celle de la place de la femme dans la conduite de la prière par exemple.  Les questions d’actualité n’ont pas été posées directement, dont celle du lien revendiqué par les terroristes entre violence et Coran ; mais en a parte Abderrahim laissait paraître une double souffrance, celle d’un coran dénaturé par les auteurs de violence « ça n’est pas le Coran ! » et celle de devoir toujours expliquer ou s’expliquer : le djihad n’est pas la guerre contre l’autre « tuer un homme, c’est tuer l’humanité », mais contre soi d’abord ; c’est le combat intérieur, que tout croyant doit mener, et qui doit se traduire par « de bonnes actions »  pour pouvoir paraître devant Dieu à l’une des cinq prières de la journée.

Le dialogue doit se poursuivre, selon les toutes dernières recommandations du Pape François, toujours à l’écoute du Concile et de Paul VI. Celui-ci déclarait que l’église devait se faire « conversation ». Le dialogue doit se poursuivre parce que notre société est de fait pluri-religieuse et multi-culturelle. Le réflexe de se protéger paraît illusoire en cette année où 250 millions d’habitants migrent pour les raisons que nous connaissons, politique, conflits, famine… et qui ne vont pas s’arrêter en 2016 comme par magie, ou par décision !

L’enfant de la crèche, premier migrant de notre religion, a rencontré aussi d’autres mal croyants, ou étrangers sur sa terre : Nicodème ou la Samaritaine ! Or le disciple n’est pas au dessus de son Maître. Poursuivons la route du dialogue-conversation.

P. Michel GARAT