Mgr Housset: l’Eglise de la Miséricorde

Chacun sait que notre pape François nous invite à une année de la Miséricorde, du 8 décembre prochain (fête de l’Immaculée Conception) au 20 novembre 2016 (fête du Christ Roi de l’Univers).

Durant sa dernière réunion, le conseil presbytéral a réfléchi à la signification d’une telle initiative. Puis le conseil épiscopal a apporté quelques précisions pratiques.

Miséricorde, coeur de l’Eglise 

Ce n’est pas la première fois, depuis le début de son pontificat, que François met en valeur la réalité de la miséricorde. Ce mot est mentionné à 31 reprises dans son exhortation « La joie de l’Evangile». Et sa devise d’évêque, s’appuyant sur un commentaire de l’appel de Matthieu (Luc 5, 28), est la suivante : « en lui faisant miséricorde, il le choisit ». Dès le premier Angélus après son élection, il affirmait : « Ressentir de la miséricorde, ce mot change tout. C’est le mieux que nous pouvons ressentir : cela change le monde. Un peu de miséricorde fait en sorte que le monde soit moins froid et plus juste ».

La miséricorde est le fil conducteur de l’Eglise. Dans son discours d’ouverture du concile Vatican II, saint Jean XXIII déclarait : « L’Eglise préfère recourir au remède de la miséricorde plutôt que de brandir les armes de la sévérité ». Lors de la conclusion de ce concile, le bienheureux Paul VI affirmait : « Nous voulons souligner que la règle de notre concile a été avant tout la charité … La vieille histoire du Bon Samaritain a été le modèle et la règle de la spiritualité du concile… Un courant d’affection et d’admiration a débordé du concile sur le monde humain moderne ».

Nous nous souvenons que saint Jean-Paul II a intitulé sa seconde encyclique « Dieu riche en miséricorde » (Ephé 2,4). Et toute la méditation de Benoit XVI dans « Dieu est Amour » apporte des développements fort enrichissants sur le cœur du Dieu qui s’est révélé en Jésus-Christ.

Miséricorde, coeur de l’Evangile 

François commence sa lettre annonçant le jubilé extraordinaire de la miséricorde par ces mots : « Jésus-Christ est le visage de la miséricorde du Père. Le mystère de la foi chrétienne est là tout entier… Jésus de Nazareth révèle la miséricorde de Dieu. Nous avons toujours besoin de contempler le mystère de la miséricorde. Elle est source de joie, de sérénité et de paix. Elle est la condition de notre salut. Miséricorde est le mot qui révèle le mystère de la Sainte Trinité. La miséricorde, c’est l’acte ultime et suprême par lequel Dieu vient à notre rencontre » (1 et 2).

Au n°6, il rappelle une oraison d’ouverture de la messe qui, pour moi, est l’une des définitions de Dieu les plus magnifiques selon notre Révélation chrétienne : « Dieu qui donnes la preuve suprême de ta puissance lorsque tu patientes et prends pitié » (26ème dimanche du temps ordinaire). Nous sommes loin d’un Jupiter qui s’impose ou met sa puissance à dominer et écraser l’homme !

Plus loin, le pape continue : « La mission que Jésus a reçue du Père a été de révéler le mystère de l’amour divin dans sa plénitude… Sa personne n’est rien d’autre qu’amour, un amour qui se donne gratuitement. Les relations avec des personnes qui s’approchent de lui ont quelque chose d’unique et de singulier. Les signes qu’il accomplit, surtout envers les pécheurs, les pauvres, les exclus, les malades et les souffrants, sont marqués par la miséricorde. Tout en Lui parle de miséricorde. Rien en Lui ne manque de compassion » (8).

Et François commente, de manière rapide mais profonde, les trois paraboles de Luc 15 : celle de la brebis égarée, celle de la pièce de monnaie perdue, celle du père et des deux fils. Puis la parabole du « débiteur sans pitié » en Mat. 18. Il termine son commentaire par ces paroles fortes : « La miséricorde de Dieu est sa responsabilité envers nous. Il se sent responsable, c’est-à-dire qu’Il veut notre bien et nous voir heureux, remplis de joie et de paix. L’amour miséricordieux des chrétiens doit être sur la même longueur d’onde. Comme le Père aime, ainsi aiment les enfants. Comme il est miséricordieux, ainsi sommes-nous appelés à être miséricordieux les uns envers les autres » (9).

Miséricorde, cœur de notre perspective « Diocèse 23 »

Oui, nous sommes tous invités par le pape et, à travers lui, par le Seigneur, à être davantage « miséricordieux comme le Père » (Luc 6,36). Telle est en effet la devise de cette année sainte.

En ce sens, elle tombe bien pour notre diocèse. Car la miséricorde est bien au cœur des quatre axes de notre perspective « Diocèse 2023 ». En effet, la consultation des neuf groupes d’acteurs pastoraux a mis en valeur les convictions suivantes :

L’Eglise de l’avenir sera constituée par des groupes et des communautés :

– Fondées sur la Parole de Dieu : c’est par sa méditation régulière que nous approfondissons l’être et l’agir permanent du Dieu de miséricorde.

– Fraternelles y compris avec les plus pauvres : c’est l’accueil de la miséricorde du Christ qui nous permet de vivre sa diaconie, c’est-à-dire son service évangélique des autres. A commencer, bien entendu, par les plus proches. Nous connaissons la fameuse phrase (de Dostoïevski, me semble-t-il), pleine d’ironie : « on aimerait son prochain, si justement il n’était pas si proche ».

Le conseil presbytéral, dans sa réunion du 5 juin, a insisté sur cette charité indispensable entre catholiques en constatant que des améliorations étaient nécessaires. Voyez ce que le pape écrit, toujours dans le même document : « Que de mal les paroles ne font-elles pas lorsqu’elles sont animées par des sentiments de jalousie ou d’envie ! Mal parler du frère en son absence, c’est le mettre sous un faux jour, c’est compromettre sa réputation et l’abandonner aux ragots (sic) » (14).

Et la démarche « Diaconia servons la fraternité » nous a fait mieux prendre conscience que   « personne n’est trop pauvre pour n’avoir rien à partager ». Comment accueillons-nous dans nos paroisses et nos groupes les personnes en situation de précarité, de marginalisation, d’exclusion ? Les réponses à cette question sont essentielles pour la crédibilité de notre Eglise.

– Ouvertes le plus possible à toutes les personnes, y compris celles des « périphéries » : c’est précisément la miséricorde qui nous permet de ne pas nous replier sur nous-mêmes. Si nous voulons être réellement des témoins du Dieu auquel nous croyons, son Esprit-Saint nous inspirera les initiatives à prendre pour rejoindre ceux et celles dont l’Eglise est éloignée. « L’Eglise a pour mission d’annoncer la miséricorde de Dieu, cœur battant de l’Evangile, qu’elle doit faire parvenir au cœur et à l’esprit de tous. L’Epouse du Christ adopte l’attitude du Fils de Dieu qui va à la rencontre de tous, sans exclure personne » (12).

– Attentives particulièrement aux nouvelles générations et à la culture numérique : c’est la miséricorde divine qui nous pousse à aller à la rencontre des jeunes. Chacun d’eux est estimé par Dieu, sans forcément le savoir. Ils peuvent le découvrir, grâce surtout aux jeunes chrétiens. A nous de soutenir ceux-ci et d’accepter leurs initiatives et leurs réalisations, même si elles nous bousculent. La civilisation numérique n’est pas un obstacle à l’Evangile, même si, comme toute réalité humaine, elle comporte ses ombres et ses lumières. Je pense, par exemple, à tous les jeunes privés d’emploi ou en difficultés affectives. « Ne tombons pas dans l’indifférence qui humilie, dans l’habitude qui anesthésie l’âme et empêche de découvrir la nouveauté, dans le cynisme destructeur. Ouvrons nos yeux pour voir les misères du monde, les blessures de tant de frères et sœurs privés de dignité et sentons-nous appelés à entendre leur cri qui appelle à l’aide » (15).

Premières dispositions pratiques :

1) Le livret »Aller à la source »résume les remontées des groupes ayant fonctionné durant l’année de la Parole. En juillet, je l’ai communiqué aux acteurs pastoraux, les invitant à l’étudier au début de cette nouvelle année pastorale. Ces remontées sont déjà au cœur de la miséricorde évangélique : « faire naître des communautés fraternelles », « aller à la rencontre de ceux qui sont loin », « annoncer la foi dans le monde qui est le nôtre ».

2) L’année sainte de la Miséricorde débutera dans les paroisses le dimanche 13 décembre, troisième dimanche de l’Avent. Et les portes de la miséricorde seront ouvertes dans nos deux cathédrales de La Rochelle et Saintes.

3) Les fiches bibliques de Carême porteront évidemment sur la réalité de la Miséricorde. N’oublions pas que nous pouvons inviter à ces groupes de partage de la Parole des personnes qui sont en recherche spirituelle, sans être forcément des pratiquantes de l’Eucharistie.

4) D’autres initiatives seront prises en cours d’année par l’équipe d’animation :

– Comment mettre en valeur le sacrement de réconciliation  ?

– Comment développer le dialogue inter-religieux ? « La valeur de la miséricorde dépasse les frontières de l’Eglise. Elle est le lien avec le Judaïsme et l’Islam qui la considèrent comme un des attributs les plus significatifs de Dieu » (23).

– Nous porterons également dans nos prières le prochain synode romain sur la famille. « Les familles aussi ont besoin de miséricorde. Beaucoup de divorces viennent d’un manque de pardon » fait remarquer le cardinal Kasper, dont la traduction française du livre sur « La Miséricorde » vient d’être publiée aux Editions des Béatitudes. Pour lui, « ce jubilé va avoir un effet sur le synode. Les pères synodaux ne pourront pas ne pas s’attacher à la miséricorde, du fait que Dieu pardonne tous les péchés ».

– Enfin, l’encyclique « Laudato si' » nous invite à prendre conscience que la violence que nous exerçons sur notre environnement est la même que celle des pays riches par rapport aux pays pauvres. La brochure Kairos, publiée par Bayard  nous permettra d’étudier ce texte important du pape à la lumière de l’année sainte.

Evidemment, tout le monde ne pourra pas tout faire. Mais il est de plus en plus normal que, dans une société plurielle et diversifiée, les catholiques puissent librement choisir, entre plusieurs propositions pastorales, celle qui leur convient. A moment donné, sur le chemin de leur vie, en réponse à l’appel du Seigneur Ressuscité. Ainsi chacun peut devenir plus responsable de l’Evangile.

Bonne année de la Miséricorde !

+ Bernard Housset
Evêque de La Rochelle et Saintes
Septembre 2015